Séance unique lundi 2 Mars à 20h suivie d’une discussion animée par Laurence de l’association Cultures EST et Anastasia de l’association Sibérie-Eurasie ! La projection est précédée d’un apéro à 19h.
LE CHASSEUR DE BALEINES
Écrit et réalisé par Philip YURYEV - Russie 2020 1h33mn VOSTF - avec Vladimir Onokhov, Vladimir Lyubintsev, Kristina Astmus, Nikolay Tatato, Arieh Worthalter...
Voilà un très joli film, quasi miraculé, qui nous revient de loin ! Doublement rescapé. D’abord du Covid : tourné fin 2019, il aurait pu se retrouver condamné à errer pour l’éternité, comme des milliers d’autres œuvres privées de salles de cinéma et de spectateurs, dans les limbes des catalogues stéréotypés (ce qu’on appelle aujourd’hui l’algorithme) des plateformes de VOD, SVOD, AVOD – et tutti quanti. Rescapé aussi du boycott larvé, non assumé comme tel par les salles de ciné, les distributeurs, les diffuseurs, qui frappe toute production russe depuis trois ans – quel que soit le degré de sympathie des cinéastes avec le régime de Vladimir Poutine (avez-vous vu beaucoup de films russes sur les écrans depuis l’agression de l’Ukraine ?). C’est assez dire la passion donquichottesque qu’il a fallu à une jeune société de distribution, Singularis (qui porte bien son nom), pour permettre à ce splendide Chasseur de baleines de trouver, six ans après sa réalisation, contre vents, marées, moulins… le chemin des écrans.
Le Chasseur de baleines, c’est d’abord une invitation au voyage. De celles que la magie du cinéma peut nous offrir, à la rencontre de frères humains ayant fait société à l’autre bout du monde, lointains, si lointains, mais, c’est une évidence, si proches. La péninsule du Tchoukotka, c’est, au bout du monde, la finis terræ septentrionale et orientale de la fédération de Russie, l’extrême bout du bout du continent asiatique, en face du Détroit de Behring, à quelques dizaines de kilomètres de l’Alaska américain (un détroit si étroit que l’Alaska fut un territoire russe jusqu’en 1867 et son rachat par les États Unis, ce qui n’est pas sans rappeler les velléités actuelles de Trump sur le Groenland). Donc bienvenue dans ce territoire arctique assez peu densément peuplé (0,07 habitants au km²) et essentiellement par les descendants des Tchouckes, dont la principale ressource reste la chasse ancestrale, traditionnelle, à la baleine (peu à voir avec l’indéfendable industrie de pêche japonaise).
Pourtant, les toutes premières images du film, qui se fondent avec le générique d’ouverture, font émerger sur des accords de Johnny Cash un univers totalement différent, à des milliers de kilomètres de là. Un paysage urbain, tout ce qu’il y a de standardisé, fait de bitume, de motels et de bars. Une clé pour comprendre la suite. Car notre héros, Lyoschka, à peine sorti de l’adolescence, a une fenêtre ouverte sur l’ailleurs : son écran d’ordinateur, qui lui permet de communiquer avec une jeune Américaine répondant au doux pseudo de Hollysweet 999, cam-girl de son état. Avec laquelle le jeune homme imagine pouvoir entretenir une relation virtuelle sincère. Comme un conte qui réunit deux mondes qu’a priori tout oppose, à quelques encablures d’un simple bras de mer qui semblerait finalement franchissable, Le Chasseur de baleines est un étonnant récit d’apprentissage. Avec des moments magiques comme la traversée du détroit, facilitée par un garde-frontière américain (incarné par l’acteur français Arieh Worthalter). Aucune condescendance dans le regard du réalisateur vis-à-vis du héros malgré lui, trop naïf, mais au contraire une vraie tendresse pour cette jeunesse qui se sent coincée dans l’impasse de ce bout du monde, sans perspectives – qui porte cependant encore en elle la force de traditions ancestrales menacées par le miroir aux alouettes des promesses occidentales. La mise en scène, ample, magnifie les paysages arides et les séquences de chasse – une des scènes où l’on découvre du ciel un cadavre de baleine sur la plage est particulièrement impressionnante – opposées au clinquant consumériste absurde des lieux de plaisir américains dans lesquels évolue la correspondante virtuelle de Lyoschka. À Tchoukotka comme ailleurs, le bonheur, contrairement aux idées reçues, est à portée de main.
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