«SOLASTALGIES»
" Sans perpétuation du souvenir, nous ne pouvons apprendre à vivre avec les fantômes et, donc, nous ne pouvons penser. "
Donna J. Harraway, " Vivre avec le trouble ",2016
Dans mon enfance, à chaque fin d’été, des hirondelles se rassemblaient sur les fils électriques devant la fenêtre de la cuisine de la maison familiale. C’était un moment attendu, presque un
rituel, avant leur départ vers des pays plus chauds. Ma grand-mère me racontait qu’autrefois, elles étaient bien plus nombreuses.
Depuis quelques années, elles ont disparu. Leur absence m’a confronté à une question simple et vertigineuse : que reste-t-il à raconter lorsque ce qui faisait paysage n’est plus là ? Comment
transmettre une expérience du vivant lorsque les traces deviennent invisibles, ou se sont entièrement effacées ?
Ce sentiment diffus a trouvé un écho dans le terme de solastalgie, forgé par le philosophe australien Glenn Albrecht : « Je définis la solastalgie comme la douleur ou la détresse causée
par une absence continue de consolation et par le sentiment de désolation provoqué par l’état actuel de son environnement proche et de son territoire. Il s’agit de l’expérience existentielle et
vécue d’un changement environnemental négatif ressenti comme une agression contre notre sentiment d’appartenance à un lieu. » — Glenn Albrecht, Les Émotions de la Terre (2020).
La solastalgie désigne ainsi une souffrance vécue sans départ, une perte éprouvée sur place, lorsque les paysages familiers se transforment — sous l’effet de la pollution, de la déforestation,
de l’urbanisation ou des dérèglements climatiques — jusqu’à fragiliser notre relation intime au monde. C’est à partir de cette expérience que s’est construite Solastalgies, une exposition qui
explore les formes sensibles de la disparition : paysages, espèces, empreintes, traces. Elle se déploie à la croisée de l’art contemporain, de la biologie et de l’archive, en réunissant des
œuvres d’artistes contemporains mises en dialogue avec des éléments issus de l’histoire naturelle — planches d’herbiers, animaux naturalisés, archives photographiques, matières
résiduelles.
Dans un monde traversé par une crise écologique sans précédent, qualifiée par les scientifiques de sixième extinction de masse, cette exposition interroge notre rapport à la mémoire de la
nature et de la biodiversité. Elle aborde la mémoire écologique comme un espace fragile, fait de tentatives de conservation, de gestes de résistance et de récits à transmettre. Les œuvres
réunies dessinent les contours d’un paysage poétique composé de restes et d’absences. Elles incarnent une volonté de garder trace — pour comprendre, pour transmettre la mémoire
d’espèces disparues, de formes végétales oubliées, de paysages profondément transformés.
Solastalgies se présente ainsi comme un cri discret mais persistant : une attention portée à ce qui disparaît, et une manière, fragile mais nécessaire, de résister à l’effacement.
Un commissariat de Valentin Wattier
Avec les artistes Morgane Britscher, Alain Colardelle, Clara Denidet, Élise Grenois, Célia Muller, Léopold Poiré, Éric Poitevin, Bertrand Ricciuti et Hélène Thiennot.
Exposition du 30 janvier au 18 avril 2026
Vernissage le jeudi 29 janvier à 18h
Ouverture du mercredi au samedi de 14h à 18h + RDV
Entrée libre
En partenariat avec le Master 2 Arts de l’exposition et Scénographie de l’Université de Lorraine.
Avec les soutiens du Département de la Moselle, la Région Grand Est, la Ville de Metz, la DRAC Grand Est, LADECH, l’Universite de Lorraine, le Frac Alsace, Image Est, le Zoo d’Amnéville, le Jardin botanique de Nancy, la Ville de Nancy, Tirage à part et BLIIIDA.
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